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Ce carnet de voyage raconte le séjour d’un groupe de 3 yovos
(le surnom des blancs au Bénin) dans le cadre de leur congé solidaire
en juillet 2006 organisé par Planète Urgence. Les 3 yovos (Cécile,
Hélène et Olivier – le narrateur), étaient accompagnés par Georges
assistant de recherche à l’Université d’Abomey Calavi et spécialiste du
singe Zinkaka. |
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Arrivée et découverte de Togbota
La piste pour Togbota devient de plus en plus mauvaise et étroite. Arrivés
à l’embarcadère, nous dénichons une pirogue pour traverser et transporter
notre équipement. La pirogue glisse en silence sur l’eau au milieu des
jacinthes et des roseaux jusqu’au quartier Agbodo de Togbota. Arrivés à
l’embarcadère, les cris : « yovos yovos » d’une foule d’enfants nous
accueillent. Nous faisons connaissance avant de commencer à installer nos
couchages : la nuit tombe tôt et le village n’a ni électricité ni eau.
Pas d’électricité : quand on imagine qu’une ligne à haute tension passe à
peine à 100 mètres du village ! Cette ligne financée par une société privée
ne peut leur fournir d’électricité qu’ils n’auraient pas les moyens de payer
de toutes façons. On tourne en rond. Pour l’eau, la situation est pire car les
habitants boivent l’eau de la rivière Togbo pourtant absolument impropre à
la consommation : d’où des maladies fréquentes et chroniques dues à
toutes les bactéries charriées par le cours d’eau. Je décide de dormir
dehors car la case est trop petite pour nous tous : les enfants me
préparent avec une habilité et une efficacité incroyable une petite plate
forme : si ça peut me mettre à l’abri des fourmis curieuses, tant mieux !
Nous visitons le village, nous saluons les habitants et nous nous
présentons. Les conditions de vie sont vraiment difficiles : les habitats sont
très rudimentaires et l’équipement de chaque ménage réduit au minimum.
Nous ne sommes malheureusement pas au bout de nos surprises :
deux mois par an, l’eau monte et envahit les cases : les habitants sont
obligés de mettre leurs affaires sous les toits et de surélever les couchages
et les foyers. Tout cela dans un déchaînement de moustiques décuplé par
toute cette eau ! |
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La petite Julienne
Plus tard, Georges évoque la belle rencontre entre Vanina (une volontaire
venue en mai) et une petite fille qui s’appelle Julienne. La petite s’était
immédiatement attachée à Vanina. Ses parents sont partis au Nigeria pour
du travail, c’est sa grand-mère qui s’en occupe. Ou devrait s’en occuper,
car lorsque nous arrivons chez la dite grand-mère : pas de Julienne.
Elle nous apprend que la petite est malade de la malaria depuis de
nombreuses semaines. Les (très mauvais) médicaments achetés au marché
noir n’ont eu aucun effet et la petite fille se trouve désormais dans l’église
où l’on prie pour son rétablissement. Avec ce traitement dans deux mois,
que va-t-il advenir de la petite ? Nous sommes atterrés ! Nous décidons de
nous renseigner au plus vite sur l’état réel de Julienne et de l’emmener au
centre de soins.
Nous partons donc le lendemain pour Botounsa faire soigner la petite
Julienne au dispensaire. Charles l’infirmier nous confirme qu’il s’agit de la
malaria : la petite est affaiblie depuis plus d’un mois suite à différentes
crises. Son état nécessite des soins urgents. Nous insistons pour que la
fillette soit soignée dans les meilleures conditions : Charles propose de
faire un traitement d’urgence constitué d’injections suivi de plus de trois
mois de traitement. Mais qui va administrer ce traitement une fois que nous
serons partis ? La grand-mère qui l’a abandonnée à l’église ?
Les parents
qui ont disparu au Nigeria ? Nous négocions avec Charles pour
qu’il s’engage à rendre visite régulièrement à Julienne.
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Au centre de soin
Nous rencontrons Martine qui est aide-soignante depuis 3 mois et
responsable du centre local. Pauvre Martine devrait-on dire car elle est
toute seule pour s’occuper des multiples problèmes de la localité :
malaria endémique surtout chez les enfants, blessures diverses que l’on
vient faire soigner quand on ne peut plus faire autrement (c'est-à-dire
après être allé voir le guérisseur). Les accouchements : il y en a tout le
temps. Nous visitons la salle de travail : les odeurs prennent à la gorge.
Quel équipement ? Comment avoir un minimum d’hygiène dans de telles
conditions ? Je comprends mieux les malformations des nombrils des
enfants qui atteignent une taille démesurée car l’infection s’y met
systématiquement ! Et Martine qui s’occupe de tout : les visites des
malades, les trois lits toujours occupés à surveiller en permanence, les
accouchements etc…Elle est disponible sept jours sur sept. Mais comment
tient-elle ce rythme ? Nous quittons Martine pour poursuivre notre tour du
village. Nous traversons alors la rivière pour rejoindre le quartier
d’Agnansa, où nous voyons les enfants s’agiter gaiement.
A peine débarqués de nos pirogues, que tous les habitants se sont déjà
réunis sur la place du village en dessous du grand arbre. Ils nous apportent
quatre chaises pour s’asseoir face à eux. On se croirait dans un film !
Et dire qu’ils n’étaient pas prévenus de notre venue ! Toutes les
générations sont maintenant rassemblées autour de nous.
Nous commençons par le rituel de l’eau : nous en renversons un peu sur
le sol par respect. Ensuite vient le tour du Sodabi : celui-ci impossible d’y
échapper ! Cet alcool maison est redoutable ! Il nous faut environ une
heure pour nous en remettre à chaque fois. Et à chaque village, le rituel
recommence. Ensuite, deux heures de palabres s’engagent sur les
problèmes rencontrés par le village. Georges traduit au fur et à mesure.
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Jeux d’enfants
Nous sommes de retour au quartier Agbodo, alors que le soleil se couche
doucement. Un groupe d’enfants joue avec une tortue. Enfin joue …
Je
devrais plutôt dire martyrise cette pauvre bête. Le jeu est d’autant plus
cruel qu’ils vont bientôt la tuer pour la manger. La soirée se déroule au
rythme des percussions et des danses des enfants. Pas encore tout à fait
au point, le spectacle est souvent interrompu ce qui casse un peu la transe
…et tout chien qui s’approche est immédiatement latté … D’ailleurs,
un chien plus battu que les autres (trou dans la tête et patte cassée) est
venu se réfugier sous nos chaises. Le chien en Afrique n’a vraiment pas de
bol ! Le lendemain matin, le chef du village nous expose ses problèmes qui
ressemblent malheureusement à ceux de
ses voisins :
La malaria fait des ravages partout. Certains enfants ont des mines
affreuses ! La question de l’eau potable constitue la difficulté principale de
la région, bien entendu… Nous évoquons aussi longuement l’absence de
voie d’accès au village : La vallée de l’Ouémé est en effet très enclavée, il
n’y a pas de route et la plaine est inondée près de trois mois par an.
Il nous suggère une idée : équiper la région d’une ou deux barques
motorisées qui permettraient pendant les inondations d’évacuer
rapidement les gens dans le besoin plutôt que de mettre une journée en
pirogue. Nous apercevons alors des villageois qui tentent de construire un
chemin de terre surélevé pour accéder au village voisin. Je crains qu’à la
prochaine crue ce modeste ouvrage sera tout simplement balayé par les
flots. |
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Changement d’ambiance
Nous partons avec Georges visiter le dernier village. L’ambiance au village
n’est pas aussi chaleureuse que celle de la veille. Nous rencontrons peu de
monde et les ados nous harcèlent pour nous demander de l’argent.
Certains adultes prennent Cécile et Hélène pour mes filles et me proposent
de leur céder !? Ils blaguent ? Non, ils ne blaguent pas! Deux heures après
une femme me proposera de me vendre son enfant ! Ces scènes se
répèteront ensuite, en particulier de la part des personnes âgées
cherchant des femmes pour leurs enfants. Il faut dire que la polygamie est
partout présente dans les villages : notre guide Yémalin d’Abagba en est
un bon exemple. Il a trois femmes dont la dernière était la femme de son
frère qu’il a récupéré à la mort de ce dernier. La polygamie c’est aussi ce
genre de solidarité.
Comment jeter la pierre ? |
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Le retour
Pour notre dernière nuit, nous passons avec Cécile et Hélène un moment
magique au bord de la rivière. Il fait nuit noire : les lucioles font des taches
de lumière dans l’herbe et dans les airs, les grenouilles font un bruit d’enfer
et le ciel étoilé couronne le tout … Après le petit dej, direction Togbota
Botounsa où nous retrouvons Julienne afin de l’accompagner pour sa
dernière piqûre. Nous avons peur qu’elle finisse par nous associer à ces
séances de torture. A l’église nous enregistrons un message vidéo pour
Vanina. Georges pose des questions en Fon mais la petite a du mal à lui
répondre. Toute l’équipe ecclésiastique est sortie pour assister à
l’interview. Quel corps médical ! Au revoir Togbota ! La pirogue nous éloigne
doucement de la vallée…. |
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